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mardi 18 novembre 2008

Le soldat chamane de Robin Hobb : La magie de la peur et le choix du soldat

Robin Hobb, une fois qu’elle vous a fait mordre à l’hameçon de ses mots, de ses histoires, vous êtes pris au piège. Impossible de décrocher….
Pourtant la rencontre et l’empathie avec Jamère, le docile soldat, héros de l’aventure me semblait difficile. J’avais envie d’intervenir dans le récit pour lui dire de se secouer un peu. L’obéissance a des limites. Mais notre héros est tout imprégné du code de l’honneur de la Cavalla, la chevalerie de cet espace-temps imaginaire, qui est comme une sorte d’uchronie de la conquête de l’ouest américain.
Robin Hobb est talentueuse pour tisser ensemble les genres de la fantasy avec les autres…



Donc, je suivais les péripéties de Jamère, mais il faut avouer que l’empathie ni la sympathie n’était à l’ordre de mon cœur de lectrice.
Au troisième volume, « Le fils rejeté », j’éprouvais plus qu’un frémissement. Robin Hobb, malgré mes renâclements, était en train de bien me ferrer.
C’est vrai que Robin Hobb est une conteuse bavarde. Parfois, on a le sentiment qu’il ne se passe rien, qu’on piétine dans l’aventure. Tant et tant de détails pourraient lasser le lecteur mais ce sont aussi tous ces détails qui font l’enchantement des ambiances qu’elle crée.
Mais depuis que Jamère a pris du poids et perdu de l’autorité, perdu du grade aussi, Jamère est infiniment plus sympathique.
Entre deux mondes, son cœur balance, sans qu’il ait le libre arbitre de son choix. La magie l’a emprisonné dans ses filets et il ne peut être indifférent à la forêt et aux créatures qui l’habitent. Il appartient autant qu’eux à la forêt. Il est aussi blessé qu’eux lorsque les hommes s’attaquent à la forêt pour y tracer une route.
Mais Jamère ne parvient pas à renoncer à son humanité. Il voudrait réunir les deux mondes… Cela est il possible ?
Le questionnement de Jamère n’est il pas le même que dans nos sociétés contemporaines, croître et brûler la planète ou décroître et vivre autrement ?
Je ne vous en dirai pas plus de peur de vous gâcher la lecture. Mais les mois d’attente entre chaque volume sont un peu plus pénibles au fur et à mesure que la magie de conteuse de Robin Hobb opère.
Jamère fait désormais partie de mes amis de lecture et au lieu de l’interpeller sans aménité, je lui chuchote des encouragements.
A suivre….

Muriyat

jeudi 6 novembre 2008

Déchirure" de Robin Hobb


Sous le charme et prise au piège... Mon addiction aux cycles de Robin Hobb... Cela fait un moment que ça dure. Là, nouvelle série qui met en scène une allégorie de la conquête de l'ouest, de toutes les colonisations, de tous les abus qu'on commet sur la planète pour la dominer.
J’ai ouvert le livre. J’ai regardé la carte…. Et puis je suis entrée dans le royaume de Gernia. Ça y est, je suis tombée dedans, je vais devoir lire toute la série. Avec Robin Hobb, je suis toujours prise au piège, je devrais dire au charme des mots et des aventures. C’est comme si je retrouvais mon plaisir d’enfance quand je dévorais les livres d’aventures. Je résiste. Je voudrais trouver de bonnes raisons de laisser tomber pour ne pas avoir à guetter la moindre sortie de la suite. Je sais qu’avec Robin Hobb, on embarque toujours pour de longues traversées. L’Assassin Royal (13 volumes) et Les Aventuriers de la Mer (8 volumes). Et s’il y a une chose que je déteste (mais qui me fait plaisir en même temps), c’est cette attente de la suite.

Là, dans ce premier volume, on s’installe doucement. Confortablement… On fait connaissance avec les personnages, avec l’environnement. Inévitablement, on pense à la mythologie de la conquête de l’ouest : les cow-boys et les Indiens. Enfin, les puritains qui venaient d’Allemagne et d’Angleterre, tout en répulsion avec les instincts et la nature et les tribus sauvages de l’ouest en accord avec cette nature, en symbiose même.

Comment résister ? Même si le démarrage est peut-être un peu lent, je savoure… J’aime le talent de conteuse de Robin Hobb. Elle me promène par le bout des mots. Et je la suis. Parfois, je ferme les yeux et je la précède. Ensuite, je lis et je m’étonne ou je reconnais. Elle me fait ressentir son plaisir d’écrire, de narrer, de tisser les histoires bout à bout….

Jamère, notre jeune héros est un peu guindé au début de cette aventure. Son père veut le meilleur pour lui. Il veut l’initier à ce nouveau monde et le préparer à la guerre. Il lui fait vivre une initiation.

Je la partage. Je la rêve. Cette histoire parle de notre temps à nous, les hommes d’aujourd’hui qui ont coupé les arbres, déchiré la peau du monde, vidé la planète de sa substance… C’est une histoire d’aujourd’hui…

C’est l’histoire de peuples qui en rencontrent d’autres et tous se croient Le peuple civilisé. Chacun ayant une haute idée de sa culture. Là où l’on sent que le partage serait la solution, la rencontre, le métissage, il n’y a que la séparation…

Jamère, après son initiation, est un personnage beaucoup plus complexe. Et je n’ai pas envie de le quitter.

J’ai envie de revoir la Femme-Arbre qui me fascine, cette dame de la nature qui invite au respect d’elle-même. Et qui est prête à se mettre en colère…

Bon 358 pages plus tard, je sais que je vais devoir attendre jusqu’en janvier prochain. C’est rude. Et c’est que du plaisir d’attente aussi.

Je conseille ce livre à ceux qui aiment se laisser prendre par la main pour entrer dans un nouveau monde où ils décoderont le deuxième niveau de lecture….

Pour ceux qui se patientent entre deux Harry Potter, c’est une bonne alternative aussi.

Ces livres, que certains me reprochent d’aimer, c’est le plaisir simple de la lecture ludique. Le plaisir d’enfance quand les mots se sont révélés à nous, juste le temps après le déchiffrage, quand les livres ont ouvert l’univers de leurs pages. Certains auteurs, et Robin Hobb en fait partie, ont ce don de vous emmener par les mots, loin très loin….

Prochain rendez vous avec « Le Cavalier rêveur »

Robin Hobb, La Déchirure, Traduction : A. Mousnier-Lompré, Couverture : Christophe Vacher, 358 p., Pygmalion.

Et maintenant, ça sort en livre de poche

Muriyat