Affichage des articles dont le libellé est fantasy. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est fantasy. Afficher tous les articles

mardi 29 décembre 2009

Hommage à un Voyageur Géant : Robert Holdstock : 1948/2009

Robert Holdstock s'en est allé de l'Autre Côté pour se promener en éternité dans "La forêt des Mythimages". Celle qui n'appartenait qu'à lui. Les autres, il nous reste la trace de son rêve à travers ses mots, ses livres. Denoël venait de rééditer "La forêt des Mythagos", l'intégrale en deux tomes, le cadeau idéal pour un rêveur des bois. Le livre à travers lequel j'ai rencontré Robert Holdstock. Non pas que je l'ai rencontré dans la réalité. Je n'ai même pas osé l'interviewer quand ça m'était possible. La peur de tomber dans les banalités face à un auteur qu'on aime infiniment.


Pourtant, la rencontre n'a pas été évidente. Un jour d'été 84, j'erre dans les rayonnages de la Médiathèque Renoir à Dieppe, je suis à quatre pattes car j'explore le rayonnage du bas. Le titre du livre m'appelle. C'est irrésistible. Mais la faute aux grisailles de la réalité, le rendez-vous de lecture est manquée. Je rends donc le livre et je sais que ce sera pour une autre fois.


Quelques mois plus tard à l'automne, je le lis, puis j'achète le livre et tous les autres. Je suis entrée pour toujours dans la Forêt des Mythimages.

Ce livre, ainsi que tous les autres, je vais littéralement harceler mes amis pour qu'ils le lisent à leur tour.

Pour Jeff, aucun problème, cet univers des bois, c'est aussi le sien. L'enfant qui porte la forêt de ses rêves en lui, ses ombres et ses lumières, c'est son travail de plasticien. Robert Holdstock, pour Jeff, c'est un trait d'union de plus.


Pour défendre la cause d'Holdstock, pour ceux qui l'ignorent, qui font obstacle sur le mot "Fantasy" ou "Merveilleux", je peux devenir ... très répétitive. Souvent, je finis par leur offrir l'un des livres.

Lors du dernier "Thé aux livres" à la Bibliothèque des Monts et Vallées, j'ai repris mon laïus. C'était le 5 décembre, et je ne savais pas que, d'une certaine façon, j'étais orpheline de rêves à venir.

Je trouve tellement dommage qu'on réduise l'oeuvre d'un auteur à ce terme de "fantasy" que les lecteurs français, épris de littérature -avec un grand "L"- méprisent parce qu'ils n'ont jamais fait l'effort de mettre la réalité de côté.


Robert Holdstock, il est inclassable. C'est un auteur à part entière. Un de ceux que j'appelle "Voyageur Géant" parce qu'ils nous font dériver loin, très loin et dans le même temps au plus profond de l'humain. Parmi mes voyageurs géants, il y a évidemment Tolkien, mais aussi Antoine Volodine, Serge Brussolo, Dan Simmons, Orson Scott Card, Rick Bass, Lautréamont, Claude Ponti, Comès et bien d'autres....

Pourquoi s'arrêter aux étiquettes ? La vie est trop courte pour tout ce qu'on a à découvrir.


Reste que la rencontre avec Robert Holdstock prit une grande place dans nos vies parce qu'elle s'est tissée avec notre travail de création.
Fascinée par la dévoration de la maison par la forêt dans "La forêt des mythagos", j'ai laissé pendant 4 ans un lierre et un troêne dévorer les fenêtres de mon bureau jusqu'à les obscurcir. Ainsi je me sentais bien.
Pour la maison, ça n'était pas génial, et il a fallu laisser la place à la lumière. Mais c'était tellement féérique, cette pénombre étincelante de miettes de soleil.

Quand je parle de la forêt aux enfants, Robert Holdstock n'est jamais loin.
Quand Jeff choisit ses morceaux de bois pour dessiner une forme, Robert Holdstock est tout prêt de lui.
Depuis 1984, je relis régulièrement "La forêt des Mythagos".
Quand "Broussaile", l'arbre-coeur de la forêt est né de nos rêves pour les enfants de Saint Nicolas d'Aliermont, Robert Holdstock s'est invité dans le conte à promener.









Et puis quand Jeff donnera vie au Mythago, le nom de la sculpture s'est imposé de lui-même.




Brouissaille, j'ai envie de le faire exister un peu plus, aussi je lui prête mon trait d'enfance pour raconter la forêt aux enfants.


Robert Holdstock me manque. Non pas que je ne puisse relire ses livres. Mais il me manque pour toujours ce qu'il allait écrire.
Alors pour ceux qui ne le connaissent pas, qui ne l'ont jamais lu, allez au devant de ces mots. Je vous promets une rencontre extraordinaire.

Bibliographie conseillée :La forêt des Mythagos, Tome 1 et 2: L'intégrale de Robert Holdstock dans la Collection Lune d'Encre chez Denoël.
Le cycle du "Codex Merlin", avec trois titres, Celtika, le Graal de fer et Le royaume brisé. (Pré aux clercs ou pocket)
"La chair et l'ombre", toujours dans la collection Lune d'Encre
Chez Mnémos, "Le bois de Merlin".Le nécromancien.



Muriyat

mardi 18 novembre 2008

Le soldat chamane de Robin Hobb : La magie de la peur et le choix du soldat

Robin Hobb, une fois qu’elle vous a fait mordre à l’hameçon de ses mots, de ses histoires, vous êtes pris au piège. Impossible de décrocher….
Pourtant la rencontre et l’empathie avec Jamère, le docile soldat, héros de l’aventure me semblait difficile. J’avais envie d’intervenir dans le récit pour lui dire de se secouer un peu. L’obéissance a des limites. Mais notre héros est tout imprégné du code de l’honneur de la Cavalla, la chevalerie de cet espace-temps imaginaire, qui est comme une sorte d’uchronie de la conquête de l’ouest américain.
Robin Hobb est talentueuse pour tisser ensemble les genres de la fantasy avec les autres…



Donc, je suivais les péripéties de Jamère, mais il faut avouer que l’empathie ni la sympathie n’était à l’ordre de mon cœur de lectrice.
Au troisième volume, « Le fils rejeté », j’éprouvais plus qu’un frémissement. Robin Hobb, malgré mes renâclements, était en train de bien me ferrer.
C’est vrai que Robin Hobb est une conteuse bavarde. Parfois, on a le sentiment qu’il ne se passe rien, qu’on piétine dans l’aventure. Tant et tant de détails pourraient lasser le lecteur mais ce sont aussi tous ces détails qui font l’enchantement des ambiances qu’elle crée.
Mais depuis que Jamère a pris du poids et perdu de l’autorité, perdu du grade aussi, Jamère est infiniment plus sympathique.
Entre deux mondes, son cœur balance, sans qu’il ait le libre arbitre de son choix. La magie l’a emprisonné dans ses filets et il ne peut être indifférent à la forêt et aux créatures qui l’habitent. Il appartient autant qu’eux à la forêt. Il est aussi blessé qu’eux lorsque les hommes s’attaquent à la forêt pour y tracer une route.
Mais Jamère ne parvient pas à renoncer à son humanité. Il voudrait réunir les deux mondes… Cela est il possible ?
Le questionnement de Jamère n’est il pas le même que dans nos sociétés contemporaines, croître et brûler la planète ou décroître et vivre autrement ?
Je ne vous en dirai pas plus de peur de vous gâcher la lecture. Mais les mois d’attente entre chaque volume sont un peu plus pénibles au fur et à mesure que la magie de conteuse de Robin Hobb opère.
Jamère fait désormais partie de mes amis de lecture et au lieu de l’interpeller sans aménité, je lui chuchote des encouragements.
A suivre….

Muriyat

vendredi 7 novembre 2008

Elisabeth Haydon : La symphonie des siècles aux éditions Pygmalion


La musique pour aller au delà de la réalité !
Si l’on me demande où j’ai passé mes vacances cet été, je dis que je suis partie faire un stage de Baptistrelle. Je suis allée au cœur de la terre découvrir l’antre du dragon, j’ai traversé les flammes et j’ai chanté tous les chants de la terre. Dès lors, je ne suis plus crédible puisque je chante faux comme une casserole.

Mais cet été, j’ai eu l’impression de découvrir un univers qui m’est étranger à cause de cette voix qui déraille, la musique. La musique comme un enchantement, comme un ensorcellement, comme une mise en couleurs du monde. La musique comme le tempo, la vibration de la terre, des légendes, la musique comme vecteur de la magie.

Elisabeth Haydon, en rédigeant cette saga de fantasy déclinée sur les pouvoirs de la musique, a défriché un chemin très original et plus que plaisant à suivre.
Elisabeth Haydon est musicienne, harpiste et chanteuse, donc la musique, elle connaît. Ses lectures de jeunesse, C. S. Lewis puis Tolkien l’ont enracinée en terres de légendes pour notre plus grand plaisir.

J’avais pris soin de collecter les différents opus pour lire « La symphonie des siècles » à la suite. J’en avais 5. Et puis, erreur de timing, il me manque le dernier volume à paraître prochainement (Octobre ou novembre). 6 volumes en tout.


Nous voyageons donc dans un univers médiéval métissant les cultures celtiques et nordiques. Ce qui permet de faire défiler sous nos yeux un imagier. Elisabeth Haydon a le sens du détail et l’on est émerveillé rapidement.

Le premier livre, composé de deux parties, « Rhapsody », nous permet de faire connaissance avec les héros de la symphonie. Des héros qui ne paient pas de mine, qui font même peur, voire qui n’ont pas l’air sympathiques du tout.
La spécificité de la « symphonie », c’est aussi la diversité des peuples qui y participent. On retrouve là l’esprit de Tolkien. Il y a les lirins, les bolgs, les dhraces, les cymriens... Chacun des peuples est lié à un élément vital de la planète et leur désunion provoque des catastrophes pour la survie de la planète elle-même. Petite leçon à notre usage de terrien actuel.


Rhapsody, la Baptistrelle, est le personnage auquel on s’attache immédiatement. En tant que Baptistrelle, Rhapsody se doit de soigner les gens, les plantes, d’aider la vie à s’épanouir par la puissance de la musique, du chant, des vibrations sonores. Autre caractéristique de Rhapsody, en tant que Baptistrelle, elle ne peut mentir. Ce qui est bien embêtant quand vous êtes mêlées à des histoires sordides, à des luttes de pouvoir politique. Rhapsody rencontre fortuitement Achmed et Grunthor. Plus antihéros, ce n’est guère possible. Ce sont des Bolgs. Tous les trois doivent s’associer pour fuir. Et presque l’intégralité du premier volume se déroule sous la terre dans un cheminement périlleux le long de la racine de Sagia, l’arbre dont les racines relient les continents. Premier périple et premier envoûtement.

A partir de là, j’étais prise au piège. Pas question de laisser tomber la lecture. Ce premier voyage sous la terre, avec la désespérance mais aussi le battement de cœur de la vie m’a enchantée. Tout simplement. Par son talent d’écriture, Elisabeth Haydon m’a comme qui dirait impliquée dans la destinée de ses personnages.
Je passe les détails car je vous invite à faire le voyage vous-même. De quoi renouer avec quelques mythologies de nos contrées. C’est le talent d’Elisabeth Haydon de tisser les mythologies avec la sensibilité d’une musicienne.
Entre parenthèse, j’ai lu ce livre en écoutant le groupe « Dead Can Dance » et de la musique tibétaine.
C’est un vaste tissage d’histoires qui nous est proposé. De l’Atlantide à la quête du Graal , d’Excalibur aux arbres enchantés. Tous les contes qui charment les passionnés de fantasy avec de la subtilité, ce qui n’est pas toujours le cas en fantasy et beaucoup de sensibilité.


Ensuite, le voyage continue. Il faut évidemment sauver le monde de la perdition. Le bien et le mal sont aux prises. Mais tout n’est pas évident. Il y a de la grisaille. Ainsi l’un des personnages, Ashe, au charme duquel on succombe, n’est pas ce qu’il paraît être. Surprise.


Après « Rhapsody » il y a les deux parties de « Prophecy » et là, ce sont les dragons qui nous emportent.
Sous la terre, bien des légendes demandent à venir à la lumière. Les personnages ne sont pas que des apparences. Ils ont une force de caractère, des faiblesses et des défauts qui les « humanisent ». Nos trois héros improbables sont devenus des amis. Il y a de l’humour aussi. Là où l’on s’y attend le moins.
Le suspense est tendu. On se croit toujours au bord du vide… Des personnages meurent. Elisabeth Haydon nous en fait voir de toutes les couleurs.

Pour les romantiques, il y a une superbe histoire d’amour. Déchirante comme il faut. Et voilà que pour une erreur de timing dans mes lectures, j’arrive en septembre et le dernier volume de la dernière partie « Destiny » n’est toujours pas sorti. Cela ne saurait tarder. Mais j’aime aussi cette impatience entre deux livres qui fait redécouvrir le plaisir des feuilletons.

Il n’empêche que j’ai été très étonnée de ne pas avoir entendu parler d’Elisabeth Haydon auparavant. Je trouve qu’elle est assez méconnue en nos contrées littéraires. C’est une excellente raconteuse d’histoires. Tous ceux et celles qui aiment la fantasy de Robin Hobb devrait trouver là une sœur d’écriture.


A lire comme une saga sur la trame tourmentée du temps.
Je conseille vivement de lire les livres à la suite les uns des autres sans rupture pour un accroissement du plaisir.
J’espère que les éditions Pygmalion nous ferons le cadeau de relier les 6 tomes en un gros volume comme ils l’ont fait pour Robin Hobb et George R.R. Martin !

A découvrir absolument dans l’attente d’autres traductions d’Elisabeth Haydon notamment le cycle sur lequel elle travaille : « The Lost Journal of Ven Polyphème » qui serait plutôt destinée à la jeunesse.

La symphonie des siècles par Elizabeth Haydon :
Rhapsody : Première partie, traduction de Marie de Prémonville
Rhapsody : Deuxième partie, traduction de Marie de Prémonville
Prophecy : Première partie, traduction de Marie de Prémonville
Prophecy : Deuxième partie, traduit par Jean-Pierre Pugi
Destiny : Première partie, traduit par Jean-Pierre Pugi
illustré par Benjamin Carré et publié chez Pygmalion




Muriyat

jeudi 6 novembre 2008

Déchirure" de Robin Hobb


Sous le charme et prise au piège... Mon addiction aux cycles de Robin Hobb... Cela fait un moment que ça dure. Là, nouvelle série qui met en scène une allégorie de la conquête de l'ouest, de toutes les colonisations, de tous les abus qu'on commet sur la planète pour la dominer.
J’ai ouvert le livre. J’ai regardé la carte…. Et puis je suis entrée dans le royaume de Gernia. Ça y est, je suis tombée dedans, je vais devoir lire toute la série. Avec Robin Hobb, je suis toujours prise au piège, je devrais dire au charme des mots et des aventures. C’est comme si je retrouvais mon plaisir d’enfance quand je dévorais les livres d’aventures. Je résiste. Je voudrais trouver de bonnes raisons de laisser tomber pour ne pas avoir à guetter la moindre sortie de la suite. Je sais qu’avec Robin Hobb, on embarque toujours pour de longues traversées. L’Assassin Royal (13 volumes) et Les Aventuriers de la Mer (8 volumes). Et s’il y a une chose que je déteste (mais qui me fait plaisir en même temps), c’est cette attente de la suite.

Là, dans ce premier volume, on s’installe doucement. Confortablement… On fait connaissance avec les personnages, avec l’environnement. Inévitablement, on pense à la mythologie de la conquête de l’ouest : les cow-boys et les Indiens. Enfin, les puritains qui venaient d’Allemagne et d’Angleterre, tout en répulsion avec les instincts et la nature et les tribus sauvages de l’ouest en accord avec cette nature, en symbiose même.

Comment résister ? Même si le démarrage est peut-être un peu lent, je savoure… J’aime le talent de conteuse de Robin Hobb. Elle me promène par le bout des mots. Et je la suis. Parfois, je ferme les yeux et je la précède. Ensuite, je lis et je m’étonne ou je reconnais. Elle me fait ressentir son plaisir d’écrire, de narrer, de tisser les histoires bout à bout….

Jamère, notre jeune héros est un peu guindé au début de cette aventure. Son père veut le meilleur pour lui. Il veut l’initier à ce nouveau monde et le préparer à la guerre. Il lui fait vivre une initiation.

Je la partage. Je la rêve. Cette histoire parle de notre temps à nous, les hommes d’aujourd’hui qui ont coupé les arbres, déchiré la peau du monde, vidé la planète de sa substance… C’est une histoire d’aujourd’hui…

C’est l’histoire de peuples qui en rencontrent d’autres et tous se croient Le peuple civilisé. Chacun ayant une haute idée de sa culture. Là où l’on sent que le partage serait la solution, la rencontre, le métissage, il n’y a que la séparation…

Jamère, après son initiation, est un personnage beaucoup plus complexe. Et je n’ai pas envie de le quitter.

J’ai envie de revoir la Femme-Arbre qui me fascine, cette dame de la nature qui invite au respect d’elle-même. Et qui est prête à se mettre en colère…

Bon 358 pages plus tard, je sais que je vais devoir attendre jusqu’en janvier prochain. C’est rude. Et c’est que du plaisir d’attente aussi.

Je conseille ce livre à ceux qui aiment se laisser prendre par la main pour entrer dans un nouveau monde où ils décoderont le deuxième niveau de lecture….

Pour ceux qui se patientent entre deux Harry Potter, c’est une bonne alternative aussi.

Ces livres, que certains me reprochent d’aimer, c’est le plaisir simple de la lecture ludique. Le plaisir d’enfance quand les mots se sont révélés à nous, juste le temps après le déchiffrage, quand les livres ont ouvert l’univers de leurs pages. Certains auteurs, et Robin Hobb en fait partie, ont ce don de vous emmener par les mots, loin très loin….

Prochain rendez vous avec « Le Cavalier rêveur »

Robin Hobb, La Déchirure, Traduction : A. Mousnier-Lompré, Couverture : Christophe Vacher, 358 p., Pygmalion.

Et maintenant, ça sort en livre de poche

Muriyat