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lundi 17 novembre 2008

"Les dents de l'amour" de Christopher Moore




J’aime beaucoup Christopher Moore.


Autant l’avouer tout de suite. Cet auteur a le talent de vous entretenir les zygomatiques en bon état. Mais avec cette histoire de vampires, au final, j’ai été un peu déçue. Sans doute en attendais-je trop. En effet j’ai trouvé que sur cette thématique, Christopher Moore était très raisonnable.
Entendons nous bien, raisonnable selon les critères de Christopher Moore d’habitude.

Selon la règle du jeu de la collection « Interstice » un auteur est invité à décliner une thématique entre mythologie et réalité contemporaine. Là, Christopher Moore s’attaque au thème des vampires et je m’attendais à des bains de sang grand-guignolesques et non, Christopher Moore nous raconte ça avec une certaine retenue. Enfin, la retenue du pitre de la classe.




L’histoire se déroule à San-Francisco avec tous les clichés qu’on peut imaginer de cette grande ville. Un soir, une jeune secrétaire qui sort de son bureau avec pour principal soucis le fait qu’elle ait filé un collant en se cognant la jambe dans un des classeurs métalliques de son bureau se fait agresser par un charmant mais vorace vampire. Elle va vite relativiser les petits soucis de la vie quotidienne.
Le vampire est charmant parce qu’il lui laisse la vie sauve… Mais Jody, notre jeune femme libérée est désormais un vampire qui va devoir trouver sa pitance. Le temps qu’elle se rende compte de son nouveau régime alimentaire, il y aura eu quelques morsures de plus et son existence est gravement bouleversée. Son petit ami la met à la porte. Tout bien considéré, c’est ce qui pouvait arriver de mieux à Jody dans cette aventure. Elle rencontre dans ses pérégrinations pour se reloger un jeune homme qui s’imagine comme le futur Jack Kerouac, Tommy est venu à la grande ville pour écrire et s’échapper des morosités du quotidien dans son Midwest natal. Si sa rencontre avec Jody ne lui permet pas de développer immédiatement tout son potentiel littéraire, il va connaître un vrai dépaysement.
Sur la route, nos héros vont croiser d’autres improbables individus qu’on imagine bien croiser à San-Francisco dont un clochard qui se croit l’empereur de la ville et qui s’est investi d’une mission, traquer le vampire.
Vous touillez le tout dans la marmite de Christopher Moore, un zeste de critique du modèle américain, une équipe de nuit dans un supermarché qui donne à réfléchir quand on va faire ses courses, vous mélangez le tout avec la vie quotidienne qu’il faut continuer à assumer, la problématique des vampires qui doivent se protéger de la lumière et vous riez beaucoup sans vous ennuyez un instant. Sauf qu’à mon goût des mots de Christopher Moore, je m’attendais à ce que ça soit encore plus déjanté.
Néanmoins c’est une lecture antidépressive qui vaut bien des traitements avec pour seul effet indésirable éventuel une certaine crispation dans les côtes et les mâchoires….
Dans l’espoir que Calmann Lévy nous propose la suite. En anglais : « You suck » ou la suite des aventures de Tommy et de Jody.
Pour être au courant des facéties d’écrire de Christopher Moore, son site internet : http://www.chrismoore.com/
Merci au traducteur qui doit s’efforcer parfois de nous donner à comprendre certains jeux de mots.


Les dents de l’amour de Christopher Moore traduit par Luc Baranger

Broché: 316 pages
Editeur : Calmann-Lévy (8 octobre 2008)
Collection : Interstices
Langue : Français
ISBN-10: 2702139434
ISBN-13: 978-2702139431



Je vous conseille vivement dans le cadre des fêtes de Noël qui approchent de lire "Le sot de l'ange".






Si vous souhaitez en savoir plus sur les évangiles, notamment une des versions manquantes, ne loupez pas la lecture de "L'agneau"....
Et pour en savoir plus sur les mythologies indiennes, "Un blues deCoyote".




Vous trouverez ces trois derniers dans des collections de poche.




Muriyat

jeudi 6 novembre 2008

"Lilliputia" de Xavier Maumejean aux éditions CalmannLevy


Haut les coeurs pour le petit peuple !
Emerveillante et terrifiante histoire que celle que nous conte Xavier Mauméjean ! Celle de Lilliputia, la cité des Lilliputiens au cœur du parc d’attraction de Dreamland.

L’auteur part d’une histoire vraie. La création d’un des premiers parcs d’attractions sur l’Isle de Coney Island (du temps de Barnum et autres parades) où plusieurs parcs se disputent les faveurs des visiteurs : Luna Park, Dreamland et Steeplechase Park. Ces parcs seront surclassés plus tard par Disneyland. Mais c’est déjà le formatage du plaisir à l’aune des curiosités les plus malsaines, du voyeurisme et du sensationnel.
De cette histoire vraie et de ses déboires, multiples incidents et incendies , Xavier Mauméjean jouant la règle du jeu de la collection « Interstices » de Calman-lévy déplace le curseur de la réalité vers le fantastique.

Si vous avez vu le film « Freaks, la monstrueuse parade » réalisée en 1932 par Tod Browning, vous savez déjà que la réalité déborde la fiction. Aussi Xavier Mauméjean nous fait rentrer dans un univers fantastique subrepticement.
Xavier Mauméjean nous raconte l’histoire d’Elcana, une petite personne originaire d’Europe de l’Est, littéralement raflée par les organisateurs du parc pour compléter les effectifs de leur monstrueux projet : donner à voir en transparence, une cité en modèle réduit peuplée de trois cent nains venus du monde entier. Des nains qu’on dit « harmonieux » pour la simple raison que leurs proportions sont celles de personnes dites normales.

Mais les héros de cette histoire sont bien plus grands que leur taille. Ils ont le cœur et l’âme de géants. Si Elcana ne sentait battre dans son cœur que la violence induite par le regard des autres, son internement dans le parc, en lui faisant découvrir l’amour, va décupler ses forces. Il entre en résistance.

Dans la ville minuscule, tout est organisé pour le plaisir des spectateurs. Pour les acteurs involontaires pour la plupart mais dont la destinée n’est guère plus prometteuse à l’extérieur, ce pourquoi ils se résignent à cet emprisonnement : ils n’ont pas le choix, ils subissent. Pas le choix du métier à exercer, pas le choix d’aimer qui ils veulent aimer, ni d’avoir des enfants… Ils doivent se donner en spectacle. Ils sont le spectacle.
Ainsi la compagnie des pompiers doit éteindre des incendies allumés par eux-mêmes pour divertir le public. (Ceci est vrai de vrai)

Xavier Mauméjean aurait pu nous rendre « voyeur » à notre tour d’une histoire monstrueuse, mais son talent d’écriture nous embarque dans une parabole, une légende. C’est superbement écrit et on savoure les mots.

Petit à petit, Elcana agrandit son cœur en plantant ses yeux dans ceux de son amoureuse, Frances, dont la personnalité est complexe et multiple. Une femme à deux visages. D’autres personnages dévoilent peu à peu leur histoire et leur destin.

Xavier Mauméjean tisse ensemble des légendes de la vieille Europe et les légendes du nouveau monde.

Le fonctionnement du parc est décrit dans ses menus détails. Les organisateurs ont prévu tous les aspects de la miniaturisation d’une société avec ses riches, ses pauvres, ses voleurs, ses profiteurs… Mais le feu de la justice couve chez les pompiers.

Souvent on pense que dans cette cité miniature du début du XXe siècle, on expérimente le formatage d’une société dont tous les rouages doivent tourner sans grincer. On comprend vite que les monstres sont les horribles propriétaires.
« Dreamland était un laboratoire où l’on testait le XXe siècle ».
Et du XXe siècle, Dreamland expérimente le pire : les rafles d’individus, l’eugénisme, l’internement de personnes, le libéralisme à outrance...
« Dreamland » ressemble bien plus au pays de l’enfer qu’à celui des rêves.

A lire absolument parce que les légendes en disent plus long sur l’histoire vraie que les livres d’histoires. Fascinante lecture !

Lilliputia de Xavier Mauméjean, 456 p., Calmann-Levy

Muriyat